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SI J'ÉTAIS MINISTRE... DE LA SPIRITUALITE

11 février 2020

 

Si j’étais ministre… de la spiritualité par Alain Chevillat

Non, l’ambition ne m’a pas pris à la gorge, je ne serai jamais ministre, et je n’en rêve nullement. Mais, arrivant au crépuscule de ma vie et ayant une petite fibre politique, j’ai trouvé beaucoup de plaisir à réfléchir à ce que je ferais si j’avais du pouvoir et des moyens dans un domaine où j’ai œuvré avec passion toute ma vie : permettre au plus grand nombre de s’ouvrir à la spiritualité – de quelque tradition qu’elle soit –, d’y accéder puis de l’approfondir, et également œuvrer à ce que notre société ait des fondements plus « réels », plus essentiels qu’aujourd’hui, par la prise en considération des valeurs spirituelles.

Ces réflexions donneront peut-être une inspiration d’action à des personnes qui ont « du pouvoir et des moyens », et qui voudraient mettre en œuvre l’une ou l’autre des propositions exprimées ci-dessous. Ce faisant, je continue la mission que je me suis fixée il y a quarante-six ans : « Faire savoir que Cela existe », permettre à chacun de découvrir la dimension spirituelle de la vie, par laquelle la vie humaine a du sens, et une société des bases justes.

Aujourd’hui, c’est un peu la clôture du dossier : ce que j’aurais voulu faire, ce que j’ai pu faire, ce qu’il reste à faire. En Inde, le troisième âge de la vie est celui de la « transmission ». Par ce texte je transmets le dossier de l’œuvre de ma vie. À qui ? À qui voudra bien s’en emparer et continuer le travail. J’ai un peu appris la patience et le détachement.

Visitant régulièrement Marie Magdeleine Davy à Paris, je lui ai souvent entendu dire cette phrase : « Privé du Divin, l’Homme est mutilé. » Elle résume bien la situation : il nous manque souvent une dimension. Au Moyen Âge, l’être humain était défini comme étant « corps, âme et Esprit ». Aujourd’hui, l’Esprit, le spiritus, a disparu, et nous sommes devenus des « handicapés de l’Esprit ». Notre société reconnaît les handicapés physiques et les handicapés mentaux. Mais les plus nombreux d’entre nous ont un handicap fondamental plus subtil, et donc moins visible et identifiable, ce sont « les handicapés de l’Esprit ».

Certains en sont inconscients, et leur vie se déroule comme si tout allait bien, sans questionnement. Mais beaucoup sont conscients qu’il leur manque quelque chose, qu’il y a dans leur vie une lacune, et ils « cherchent ». Ce sont des « chercheurs ». Un jour, sans doute, se fera la « Rencontre » qui sera celle d’un  Éveil, l’accès à une complétude, qui deviendra une plénitude.

Aujourd’hui, chez nous, la culture spirituelle n’est pas qu’affaire individuelle. Elle est aussi affaire politique. Car aujourd’hui le politique étouffe le spirituel. Pour qu’une graine germe et croisse, il faut certes la semer et l’arroser, mais il faut aussi éviter de la piétiner constamment, et s’abstenir d’y déverser des pesticides. Cela, c’est le rôle du politique. Et cela il faut aujourd’hui le changer si l’on veut que les graines de spiritualité poussent. On peut aussi mieux arroser les graines et y mettre du compost, on peut soigner les jeunes plantes et les protéger contre les forces adverses. Cela peut aussi être le rôle du politique. Certes il ne peut pas tout, mais il peut soutenir le processus de la croissance de la spiritualité en France comme un bon jardinier cultive ses plantes, les nourrissant et les protégeant. Le politique a ce rôle à jouer avec la spiritualité, et c’est de cela que je veux parler ici.

Que faire ?

« Privé du Divin, l’Homme est mutilé. » Le handicapé de l’Esprit ne peut pas être heureux, il se débat pour « être ». C’est l’ennui, la normose, le refuge dans l’alcool, les drogues et le sexe, le stress et  le burn-out, l’hyper-consommation, les suicides des jeunes, la violence. C’est le rôle du politique de mettre de l’énergie pour améliorer cette situation.

1. Faire une laïcité positive
L’Inde est une démocratie laïque, mais ce qu’on peut y voir est très différent. Le religieux est partout, sous une forme ou une autre, et ne gêne personne. Laïcité veut dire neutralité de l’État par rapport aux expressions religieuses. Ce n’est pas l’évacuation de l’expression religieuse. Celle-ci est partout, sous toutes ses formes.
En France, la laïcité a été établie d’abord pour se protéger contre la domination catholique, et aujourd’hui contre « l’invasion musulmane ». Au-delà de sa neutralité, l’État entend protéger le citoyen contre les « influences » religieuses. Donc, là, c’est la forme religieuse qui est visée, et non la spiritualité. Mais en réalité, on a jeté le bébé avec l’eau du bain.

Par ailleurs, la science a installé le matérialisme.

L’Inde nous dit qu’il y a deux modes d’accès à la connaissance :
– Celui qui, s’appuyant sur les informations données par les organes des sens, les examine par la raison. Cela donne une connaissance fragmentaire et temporaire. C’est notre science moderne, dont les livres changent tous les cinq ans.
– Celui qui utilise les pouvoirs supérieurs de l’esprit appliqués à un questionnement. Cela donne une connaissance globale et définitive. C’est la connaissance spirituelle. Personne, aujourd’hui, ne remet en question, rectifie ou réajuste ce qu’ont dit le Christ, Bouddha ou les Védas de l’Inde.
La science, aujourd’hui, est trop présente et fait la loi. Les « pouvoirs supérieurs de l’esprit » sont trop méconnus. On vient tout juste d’accepter « la méditation de pleine conscience » qui n’est plus considérée comme une activité sectaire. Comme le yoga qui, juste avant que l’ONU ne décrète une journée internationale du yoga, a été enfin autorisé dans les écoles publiques.
Le yoga et la méditation de pleine conscience sont des pratiques neutres, on pourrait dire laïques, qu’il faut encourager à pratiquer, qui doivent être une composante de la vie de chacun.
Dans ce contexte, il faut supprimer la Miviludes et l’Unadfi, ces deux organismes chasseurs de sectes, qui diabolisent toutes les manifestations un peu hors cadre institutionnel de la spiritualité. A Ciel Ouvert a eu droit à sa perquisition et ses procès (qu’il a gagnés) et ses accusations de secte. La loi telle qu’elle est suffit, il n’est pas besoin de nouveaux inquisiteurs.

2. – Modifier l’éducation
C’est un très vaste sujet, et très subtil. Dans les écoles publiques, les religions doivent y être présentées, mais avec neutralité. Par ailleurs, les écoles religieuses ont toutes leur place, et chacun a le droit d’être éduqué dans sa religion. La soi-disant laïcité de l’école publique est un athéisme, ce n’est pas propice à l’épanouissement spirituel. C’est un étouffement spirituel.

3. – Limiter la publicité
La publicité est une incitation à la consommation, qui est elle-même une satisfaction des désirs. En fait, c’est une stimulation des désirs, ce qui est anti-spirituel, dans toutes les traditions. Avoir des publicités sous les yeux, où qu’on soit, est bien la marque d’une société anti-spirituelle. Il faut limiter la publicité, sous toutes ses formes, sur tous supports.

4. – Protéger le paysage
En limitant la publicité on protège le paysage. Vivre dans un beau paysage, dans un cadre de beauté, est important. Cela élève la pensée, ennoblit le cœur, aide à la vision juste, à la pureté de l’action.
Protéger le paysage c’est aussi limiter le bruit. Interdire les pétarades des motos, les klaxons de voitures ; supprimer les omniprésentes musique d’ambiance qui dévalorisent la musique et anesthésient l’esprit.

5. – Soutenir le végétarisme
Tous les mouvements spirituels sont au moins un peu, et temporairement, végétariens.
Dans le végétarisme, il y a deux choses :
– Ne pas tuer, ne pas élever pour tuer, ne pas élever indignement pour tuer et la plupart du temps tuer indignement. Cela n’élève pas l’être humain. La façon dont on élève en batterie la plupart des animaux qu’on mange est totalement irrespectueuse. Les animaux sont des objets. C’est la « réification », la « chosification » du monde. Cela ne nous élève pas.
– Manger de la viande a aussi une incidence, que la tradition indienne explicite très bien. Tous les aliments ont un effet particulier sur l’esprit. Certains apaisent, d’autres excitent ou « endorment ». Et on a toujours intérêt à manger les aliments qui ont les qualités que, d’une façon générale, on cherche à développer en soi. La viande est, globalement, une nourriture « excitante ». Elle n’est pas appropriée si l’on cherche la paix de l’esprit et la sagesse.

6. – Développer l’art et la création artistique

L’art peut être un piédestal pour l’éveil puis le développement de la spiritualité. Le chant, la danse, la musique… sont des disciplines à soutenir et développer, surtout dans leur forme « d’expression créative ».

7. – Développer l’ayurvéda
L’ayurvéda est une approche très globale de la santé, corps – âme – Esprit. C’est autant préventif que curatif. Les traitements se font essentiellement par les massages et les plantes. C’est une « science » mise en place par les sages d’il y a quelques milliers d’années par le mode d’accès à la connaissance par les pouvoirs supérieurs de l’esprit.
Ayurvéda et allopathie pourraient être complémentaires.

8. – Favoriser l’expression de la spiritualité
Une chose importante, qu’à notre petite échelle nous avons beaucoup faite, est le soutien aux grands enseignants : les accueillir, leur organiser des conférences, stages et retraites. Ce sont eux qui sont les phares de la spiritualité, et qui peuvent y éveiller. Ils doivent être honorés, valorisés, et on doit leur donner des espaces d’expression. Ils ne sont pas assez présents dans les médias, dans la presse, à la radio et à la télévision.
Il pourrait être intéressant d’avoir une TV Internet de spiritualité. Elle soutiendrait la création de films et pourrait organiser un festival de films de spiritualité. Elle pourrait aussi mettre en place des séances de rétrospective sur « les chefs d’œuvre du film de spiritualité ».

9. – Soutenir ce qui se fait déjà dans toutes ces directions
Il existe déjà bien des structures qui œuvrent dans l’une ou l’autre de ces directions. Citons :
- Résistance à l’agression  publicitaire
- Paysages de France
- Association végétarienne de France
- Multiples associations artistiques ; citons le travail de Brigitte Sénéca et de Marc Vella
- Jiva Ayurveda France
etc. Il y en a beaucoup.
Parmi les structures « globalisantes » qui soutiennent la spiritualité en France, citons :
- Le Forum 104 à Paris
- Sésame de Abdennour Bidar
- Les Chemins de Shanti
- Voyages intérieurs
- La chaîne internet KTO
etc.
Citons aussi les Centres A Ciel Ouvert, à Chardenoux (71), Pierre Chatel (01), Paris (75), Nancy (54), Strasbourg (68)…
Sans oublier tous les Centres spirituels, petits et grands, de traditions chrétienne, bouddhiste, indienne, musulmane. Le site « Sources » de A Ciel Ouvert présente environ 300 de ces Centres, dans toutes les traditions.

Aujourd’hui
Il y a beaucoup de pistes pour faire avancer « la conscience et l’amour » dans notre société. Parmi tout ce qui vient d’être évoqué, j’aimerais, dans les dernières années de ma vie, tout en continuant l’Université A Ciel Ouvert à Chardenoux (71) et Pierre Chatel (01), lancer de nouveaux projets. On en trouvera l’expression dans l’appel pour un « chef de projet-communication » qui serait le maître d’œuvre de cet ensemble de projets. Y arrivera-t-on ? On peut y arriver, allons-y. C’est, je pense, à notre portée. Que toutes les personnes qui peuvent nous y aider se manifestent et s’engagent avec nous.

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Création d’un poste « Chef de projet - Communication »

Objectifs

1 - Création d’un groupe local à Lyon et Dijon, en s’appuyant sur les adhérents locaux.

2 - Nourrir ces 2 centres d’un programme mensuel - programme et communication

3 - Faire tourner de grands intervenants en s’appuyant sur nos groupes locaux (Paris - Dijon - Lyon - Nancy - Strasbourg)

4 - Créer un festival du film de spiritualité, au départ à Chardenoux (dans grande salle à construire) - Trouver les films - Communiquer.
On peut y faire un 2ème festival : «Les chefs d’œuvre du film de spiritualité» - films anciens - avec Lionel Tardif

5 - Lancer un 2ème Forum dans l’est de la France, à Angers.
Contacts avec Angers : palais des Congrès, hotels, réservation - mise en place des programmes en fonction des salles.

Poste salarié en CDI (après 1 an en CDD)
sous la supervision directe du Président de UACO
- basé à Chardenoux -

contact mail : alain.chevillat@acielouvert.org

 

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